Histoire et origine du Shitō-Ryū
-Tournant dans la vie de Maître Mabuni
Les années 30 marqueront un tournant décisif dans la vie de Maître Mabuni.
Ayant du mal à faire reconnaître son style à travers le Japon, il rendra de nouveau visite à Maître Konishi à Tōkyō pour chercher conseils.
Contexte : Japon militarisé et demande de self-défense
À cette époque le gouvernement japonais est sous contrôle des Officiers de l'Armée Impériale.
En 1935, le Commandant Général de l'Armée Impériale demandera à Maître Konishi de développer des techniques de self-défense pour les écoles de jeunes filles, et par extension donc pour les femmes.
Maître Konishi se tournera vers Maître Mabuni en premier lieu pour chercher de l'aide, afin de développer des méthodes d'entraînement standardisées dans le but de faciliter la mémorisation des techniques par les étudiants.
Maître Mabuni était réputé pour avoir un sens pédagogique et une mémoire hors du commun.
Entraînements croisés : Konishi, Ueshiba, Mabuni
Les 3 maîtres : Konishi, Ueshiba (Aikido) et Mabuni s'entrainent quotidiennement ensemble à cette période là.
Cependant, seulement Maîtres Konishi et Mabuni travaillent sur l'élaboration d'un nouveau kata, Seiryu.
Ce kata sera imprégné de l'essence de leurs deux styles, qu'ils finaliseront sur le conseil de Maître Ueshiba.
Ce dernier pensait notamment qu'en fonction du sexe du pratiquant, les zones sensibles à protéger seraient différentes et donc que le kata en lui-même devrait être différent selon le pratiquant qui l'exécute.
Selon lui, les entrainements pour femmes étaient réalisés depuis une posture naturellement plus haute.
La place de la femme dans la société japonaises ayant également beaucoup influencé la création de ce kata, tout comme les coutumes et le style vestimentaire.
(On ne réalise pas une défense de la même manière, que l'on porte un pantalon ou un kimono qui serre les jambes)
Le kata Seiryu était composé de deux kanjis : 青 et 柳
青 Sei / Ao est la couleur bleu ou vert (il faut savoir qu'au Japon, les feux tricolores sont vert, orange et rouge ; mais étonnamment pour nous européens, ils appellent le vert "bleu", c'est culturel).
柳 Ryu / Yanagi voulant dire "Saule" (l'arbre pleureur), ce kata combinait à la fois le jujitsu et l'aikido, et tout comme le saule laisse porter au gré des vents, le pratiquant martial doit être tout aussi souple en réalisant ce kata.
Ce terme implique également une grande force, car un saule ne casse pas sous la force du vent malgré qu'il danse avec lui. Ce nom de Seiryu ne vous dit probablement rien, et c'est bien normal car son nom le plus répandu est :
Aoyagi
Étonnamment, vous vous direz, pourquoi il ne s'appelle pas Aoyanagi alors ce kata ?
Et vous auriez raison de vous le demander !
Je vous renvoie donc vers cette page si ça vous intéresse : Point sur la grammaire japonaise
Elle explique la grammaire japonaise de manière très survolée afin de comprendre les différences de lectures des kanjis
Tous ses efforts incroyables, lui ont permis d'obtenir de bons résultats et lui ont permis d'être accepté
par l'Association du Butokukai, nous avions ainsi, début 1939, la première école du Shitō-Ryū créée et reconnue.
En juillet 1939, il reçut le titre très honorifique de Shihan (Entraîneur/Instructeur) de cette même organisation.
Organisation qui deviendra plus tard la Fédération Mondiale Shitō-Kai Karaté-Do que l'on connaît aujourd'hui,
sous l'appellation anglaise de WSKF (World Shitoryu Karatedo Federation).
La 2e Guerre Mondiale fera rage par la suite et le Japon étant impliqué dans le conflit jusqu'au cou,
les écoles fermeront radicalement leurs portes, mobilisant toutes les ressources pour l'effort de guerre.
Peu après la fin de la guerre, les écoles rouvriront progressivement, tout comme les dojos et les temples.
Maître Mabuni apprendra que son ami Miyagi Chōjun perdra ses deux filles et son fils pendant cette guerre,
ce qui l'affectera beaucoup, mais malgré cela, il continuera de développer son style et la plupart
de ses étudiants ayant survécu, son style pourrait encore perdurer et survivre.
(rédigé par Armand SELLIER, membre du KDSR)
